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L’étiquetage de produits israéliens, un boycott ?

© Kichka
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Les faits. L’Union européenne a adopté ce 11 novembre 2015 l’étiquetage obligatoire des produits provenant des colonies israéliennes. Une étape positive selon l’OLP, une mesure discriminatoire de l’avis du gouvernement israélien. Simple mesure technique ou prise de position politique ? Peut-on assimiler l’étiquetage des produits des colonies à un boycott ? Le consommateur doit-il pouvoir acheter en connaissance de cause ? Politiques, analystes et importateurs de produits israéliens ont répondu à nos questions.

Pour Peter Vandenberghe, le responsable communication de Comeos, porte-parole du commerce et des services en Belgique, « il ne s’agit pas d’un boycott bien évidemment, mais d’une information correcte pour les consommateurs. Ce n’est pas une nouvelle règle. C’est l’interprétation d’une loi qui existait déjà et avait été proposée par le gouvernement belge il y a un an et demi », explique-t-il. Comeos rappelle qu’il ne prend jamais position politiquement et ne fait que suivre la loi. « Si l’étiquetage est obligatoire, nous nous y soumettrons », insiste Peter Vandenberghe, qui affirme par ailleurs que « le choix du consommateur reste toujours prioritaire  », qu’il s’agisse du produit, de son origine ou de son étiquette. En pratique, ce sont les fournisseurs des supermarchés qui procèderont à l’étiquetage et garantiront donc l’origine des produits, sauf si les supermarchés s’adressent directement aux producteurs, l’étiquetage relève alors de leur responsabilité. Pour le responsable communication de Comeos, « l’étiquetage n’influe que de façon minime sur la consommation. Les conséquences peuvent être différentes lorsqu’un groupe demande aux consommateurs de ne plus consommer tel ou tel produit  ».

Au sein du monde économique et industriel israélien, on estime l’affaire « purement politique  », estime un cadre de la confédération des entreprises israéliennes. « Les produits des territoires sont déjà soumis à la douane européenne dans la mesure où depuis 2005, l’Union européenne ne fait pas appliquer les accords de libre-échange pour les produits issus de territoires situés au-delà de la frontière de 1967 ». Les produits concernés représenteraient 1% de toute l’exportation des territoires vers l’Europe, « soit 150 millions de dollars sur 15 milliards !  », affirme-t-il. Avant de préciser : «  La majorité des produits israéliens exportés ne sont en réalité pas des produits finis, sur lesquels l’étiquetage n’a que peu d’impact. Il s’agit plutôt de composantes, par exemple pour la tuyauterie, des fils de tapis, des matériaux métalliques et autres pièces à assembler ». Ce qui préoccupe en revanche l’industrie israélienne, qui ne parle pas pour autant de boycott, semble d’un autre ordre : « Nos acheteurs, s’ils sentent les consommateurs de produits israéliens plus frileux, risquent de se détourner d’Israël ». Sans oublier un argument qui revient souvent : «  L’industrie israélienne emploie dans les territoires 6.000 travailleurs palestiniens. L’étiquetage pourrait porter atteinte à leur emploi ».

«  Israël condamne la décision européenne d’étiqueter les produits israéliens provenant des territoires sous contrôle israélien depuis 1967  », souligne S.E. Mme Simona Frankel, ambassadeur d’Israël en Belgique. « Il est regrettable que l’Union européenne (UE) ait choisi, pour des raisons politiques, de prendre une telle mesure, inspirée par les mouvements de boycott, plus particulièrement à un moment où Israël est confronté à une vague de terrorisme visant l’ensemble de ses citoyens. On compte 200 disputes territoriales de par le monde, y compris des disputes se déroulant au sein de l’UE et à ses portes, sur lesquelles l’UE ferme les yeux. En appliquant une politique de deux poids deux mesures pour Israël, l’UE adopte une mesure exceptionnelle et discriminatoire, qui vise Israël, uniquement Israël. Prétendre qu’il s’agit d’une mesure technique motivée par le souci de l’information du consommateur est donc infondé ». Selon l’ambassadeur, l’étiquetage de produits est « contre-productif  ». « Il renforcera le refus de l’Autorité Palestinienne à revenir à la table des négociations avec Israël », affirme-t-elle. « Il renforcera en outre les éléments radicaux qui prônent le boycott et nient à Israël le droit à exister. Les premiers à en être affectés seront les Palestiniens eux-mêmes : plus de 60% des employés dans l’industrie dans les implantations sont palestiniens, soit 22.500 travailleurs (industrie et autres secteurs, ndlr), dont le revenu annuel est évalué à plus de 200 millions d’euros. Nuire à cette industrie mènera au renvoi des employés palestiniens, ce qui sera très préjudiciable pour l’économie palestinienne ».

La société de gros Diskabel est importateur depuis de longues années dans le secteur de l’alimentation et vend dans toute la Belgique, aux grandes surfaces comme aux détaillants, conserves et produits secs israéliens strictement casher : Ossem, Matzot Aviv, Beigel & Beigel, etc. «  Cet étiquetage ne nous concerne pas, dans la mesure où toutes les usines avec lesquelles nous travaillons se trouvent sur le territoire israélien et non dans les colonies », affirme le patron Vladimir Shumelinsky. « Beigel & Beigel a d’ailleurs déplacé il y a peu son lieu de fabrication…  ». Parmi les grandes surfaces belges avec lesquelles il travaille, il se souvient toutefois d’une demande de précision : « Carrefour m’a contacté l’an dernier pour savoir si mes produits ne provenaient pas des colonies  », raconte-t-il. Pas d’autre réaction sinon de la part de ses clients, qui semblent visiblement plus se soucier de la demande que du lieu d’importation de leurs produits.

« Nous voyons dans cette législation européenne un moyen de s’opposer à l’occupation, et par conséquent, de soutenir Israël », affirme Yariv Oppenheimer, le directeur général du mouvement israélien « La Paix Maintenant », qui relayait récemment sur sa page Facebook une pétition signée par quelque 600 personnalités, dont Elie Barnavi (ancien ambassadeur d’Israël en France), Avraham Burg (ancien président de la Knesset, président de l’Agence juive) et Yossi Sarid (ancien membre de la Knesset et ministre de l’Education), adressée aux citoyens et députés d’Israël. « La Paix Maintenant a toujours considéré la construction des colonies comme le principal obstacle à la solution de deux Etats et, comme les colons eux-mêmes, voit dans l’implantation de sociétés et d’institutions économiques israéliennes en Cisjordanie une prise de position politique. Un étiquetage plus précis permettra aux consommateurs d’acheter selon leurs propres considérations idéologiques. Ce système permettra en outre de freiner les tentatives de boycott des produits israéliens sans distinction, tels que le prône BDS. Enfin, dans la mesure où il n’existe actuellement pas de négociations qui pourraient mener à la solution de deux Etats, ces mesures qui distinguent Israël des Territoires sont essentielles pour maintenir la possibilité de créer deux Etats ».

«  Une différenciation claire entre produits originaires du territoire israélien et ceux provenant des territoires colonisés par Israël permet au consommateur de ne pas être trompé sur l’origine des biens qui lui sont proposés », approuve Rabab Khairy, chargée du dossier Moyen-Orient et Afrique du Nord au Centre national de coopération au développement (CNCD-11.11.11). « Cependant, rien de nouveau dans cette note. L’UE ne fait qu’y rappeler des dispositions européennes déjà en vigueur exigeant une information correcte vis-à-vis des consommateurs. Dispositions largement ignorées jusqu’ici par les Etats membres concernant les produits importés d’Israël, à l’exception du Royaume-Uni, du Danemark et de la Belgique qui avaient déjà émis des avis similaires à la note européenne. Cette note est aussi totalement insuffisante au regard des obligations issues du droit international qui lient l’UE et ses Etats-membres. La campagne “Made in Illegality”, menée en Belgique et en France, établit clairement que l’illégalité incontestable de la colonisation israélienne ne permet pas aux Etats tiers et entités tierces d’entretenir des relations commerciales, économiques et financières avec les colonies israéliennes. Concernant la Crimée et Sébastopol, l’UE n’a pas hésité à interdire l’importation des produits originaires de ces territoires suite à leur annexion par la Russie qu’elle a refusé de reconnaitre. Il serait souhaitable que la même fermeté vis-à-vis des obligations internationales soit d’application par l’UE pour Israël ». Pour Rabab Khairy, associer cette règlementation à un boycott est tout à fait abusif : « C’est la colonisation et le déni absolu du droit à l’autodétermination du peuple palestinien et du droit international humanitaire qui s’apparentent à un véritable boycott de la part du gouvernement israélien de l’idée qu’un Etat palestinien a vocation à exister au-delà de la Ligne verte. Ceci est tout à fait dommageable pour les peuples israéliens et palestiniens et les prive de la possibilité de vivre chacun dans la paix et la sécurité dans leur Etat respectif  ».

Source : article de Perla Brener publié dans la revue Regards, Centre Communautaire Laïc Juif (CCLJ), décembre 2015.